L'Allemagne a-t-elle remboursé toutes ses dettes?
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Par Raphaëlle André
Mis à jour le 10/07/2015 à 12:52
Publié le 10/07/2015 à 12:38
VRAI / FAUX - L'économiste Thomas Piketty estime que le pays qui a bénéficié d'un effacement de sa dette est mal placé pour donner des leçons aux Grecs. Vérification.
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«L'Allemagne est LE pays qui n'a jamais remboursé ses dettes». Le ton est donné par Thomas Piketty, interviewé sur France Info, mardi 7 juillet. Pour l'économiste, les dirigeants allemands font preuve d'hypocrisie et témoignent «d'un aveuglement et d'une certaine forme d'ignorance historique et de nationalisme.» En résumé, ils ne sont «légitime(s) pour faire la leçon aux autres nations», concluait Thomas Piketty aujournal allemand Die Zeit, le 27 juin 2015, peu avant son interview à la radio française. L'Allemagne n'aurait donc jamais rembourser sa dette? C'est à la fois vrai et faux et il faut nuancer.
L'Allemagne a effectivement fait défaut sur sa dette à deux reprises: en 1953 et en 1990. Pourtant la dette allemande avait déjà été restructurée en 1952 et réduite de 62%. Elle était alors passée de 39 milliards à 14,5 milliards dedeutschemarks. Une partie de la dette allemande n'a donc jamais été remboursée, et notamment à la Grèce, à qui l'Allemagne devait verser 7,1 milliards de dollars, au titre des extorsions liées à l'occupation nazie, de 1941 à 1944. Athènes n'a en tout et pour tout reçu que 115 millions de marks en 1961 (soit un peu moins de 65 millions de dollars).
Toutefois il faut distinguer la dette grecque de la dette allemande de l'époque, qui était «liée aux réparations, perçues par l'opinion allemande comme une indemnité imposée à l'Allemagne vaincue. Les accords de règlement de la dette allemande ont été un élément d'une négociation globale fondant le retour à la paix en Europe, ou l'indemnisation des victimes juives», précise Michel Hau, professeur émérite d'Histoire économique et sociale et membre de l'Institut universitaire de France. Il ne s'agissait en aucun cas de dettes causées par des dépenses publiques excessives et validées par la population lors de la tenue d'élections démocratiques. «Les dettes allemandes liées au fonctionnement régulier de l'Etat, ont elles, toujours été réglées en temps et heure et les modalités de la gestion budgétaire allemande donnent l'impression aux créanciers qu'ils seront remboursés», poursuit-il.
Un argument repris par le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble: «Faire une comparaison avec les années 20, lorsque l'Allemagne, vaincue en 1918 et étranglée par les demandes de réparations, ou avec 1953 n'a rien à voir avec la situation que nous avons connue au cours des dernières années dans la zone euro (...) cela porte à confusion», a t-il déclaré jeudi 9 juillet, à l'occasion d'un colloque à la Bundesbank.
L'Allemagne n'est pas le seul pays à avoir fait défaut dans son histoire loin de là, et elle n'est donc pas moins légitime que d'autres pays comme la France ou l'Espagne.Christophe Blot, directeur adjoint au département analyse et prévision de l'OFCE
En outre, le contexte de la Guerre Froide dans les années 50 ne posait pas les mêmes questions d'aléa moral que la dette grecque actuellement: «Dans les années 50, l'Allemagne était la seule à devoir rembourser ses dettes.», déclare-Sylvain Fontan, économiste indépendant, «aujourd'hui si l'on annule la dette grecque, comment justifier que les dettes portugaise et italienne ne soient pas également annulées par la suite?»
«L'argument de Thomas Piketty est de rappeler que les défauts de dettes souveraines arrivent, même à l'Allemagne, et qu'ils ne doivent pas être tabous», tempère Christophe Blot, directeur adjoint au département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). «Pour autant l'Allemagne n'est pas le seul pays à avoir fait défaut dans son histoire loin de là, et elle n'est donc pas moins légitime que d'autres pays comme la France ou l'Espagne qui ont déjà fait défaut également.» Sans oublier que le contexte des années 50 d'après-guerre était complètement différent. Un argument que reprend Jean-Michel Apathie, journaliste politique à Europe 1, sur Twitter.
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