segunda-feira, 7 de março de 2016

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Comment Angela Merkel veut renvoyer les Syriens présents en Grèce vers la Turquie

Le Monde.fr | 07.03.2016 à 16h49 • Mis à jour le 07.03.2016 à 17h04 |Par Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)
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Le sommet avec la Turquie, lundi 7 mars à Bruxelles, va-t-il signer la capitulation morale de l’Union européenne (UE) ? Selon des sources diplomatiques européennes, la chancelière Angela Merkel et Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, ont préparé un plan qu’ils voudraient faire accepter par le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, consistant à renvoyer en Turquie les Syriens présents en Grèce.

Ce « plan », qui devrait être discuté lundi après-midi par les 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, puis, éventuellement, agréé à 28 plus M. Davutoglu dans la soirée, consisterait à utiliser l’accord de réadmission existant entre la Grèce et Ankara pour renvoyer en Turquie, dans les quatorze jours suivant leur arrivée en Grèce, les Syriens, y compris ceux qui fuient la guerre dans leur pays, y compris même ceux qui auraient déposé une demande d’asile en Grèce.

Que demandent les Turcs en retour ?

M. Davutoglu, en position de force, alors que les Européens semblent prêts à tout pour transformer l’Union en bunker, exigerait davantage d’argent. En novembre 2015, les Européens ont accepté de verser 3 milliards d’euros pour aider la Turquie à garder les Syriens dans ses camps. Selon plusieurs sources diplomatiques, Ankara demande depuis des mois non pas 3 milliards pour solde de tout compte, mais 3 milliards par an.

La libéralisation des visas pour l’Europe, dès le 1er juin, serait aussi sur la table. La nécessité de disposer d’un visa pour les Turcs voulant se rendre en Europe pourrait être levée dès octobre, à condition que les Turcs respectent le futur accord de réadmission entre l’Union européenne et la Turquie, qui devrait entreren vigueur le 1er juin.

Ankara souhaiterait également que l’Europe mette enfin en place, « en échange » des Syriens reconduits en Turquie, un corridor humanitaire directement depuis les camps de Syriens installés sur son territoire. Ce serait « 1 Syrien pour 1 Syrien ». Quid des conventions de Genève sur l’accueil des réfugiés ? » « Athènes a reconnu la Turquie comme un pays sûr », justifie une source diplomatique…

Quel est le but d’Angela Merkel ?

La chancelière, qui affronte des élections locales dans trois Länders le 13 mars (Bade-Wurtemberg, Rhénanie-Palatinat et Saxe-Anhalt), veut éviter à tout prix un affaiblissement de la CDU, sa famille politique. « Elle veut absolument que la pression retombe sur la Grèce », ajoute cette source diplomatique.

Athènes est confrontée depuis quelques jours à une véritable crise humanitaire, avec près de 30 000 réfugiés coincés dans le pays depuis que la route des Balkans qu’empruntaient jusqu’alors les réfugiés et les migrants pour gagnerl’Allemagne et la Suède s’est refermée, fin février. Berlin redoute que le sauvetage financier de la Grèce ne déraille, le gouvernement Tsipras étant trop déstabilisé pour pouvoir continuer à dérouler comme prévu le programme d’austérité que lui imposent ses créanciers (dont l’UE).

Mme Merkel veut aussi envoyer un signal fort non seulement aux migrants économiques mais aussi aux Syriens : il ne sert à rien qu’ils risquent leur vie àtraverser la Méditerranée, il vaut mieux qu’ils attendent en Turquie, soit la fin de la guerre en Syrie, soit que le « corridor humanitaire » avec l’Union s’ouvre.

Que pensent les autres Européens de ce « plan » ?

« C’est une idée de Merkel de Rutte. Juridiquement délicate, pratiquement compliquée », souligne une autre source diplomatique. Jusqu’à présent, il n’avait été question que de renvoyer les migrants économiques en Turquie, pas les Syriens à qui Merkel avait tendu les bras fin août. Et déjà, ces « refoulements » massifs avaient soulevé les questionnements des ONG, s’interrogeant sur leur légalité. Alors que dire des refoulements de Syriens?

Pas sûr en tout cas que tous les pays acceptent. A en croire le président Hollande à son arrivée à Bruxelles, lundi midi, la France préférerait que la Grèce soit « soulagée », avec des relocalisations de Syriens depuis la Grèce vers d’autres pays de l’Union. « Qu’il y ait des retours des non-Syriens [vers la Turquie], oui, c’est nécessaire, puisque ce sont des migrants qui n’avaient pas vocation à être en Europe. Après, nous discuterons de savoir comment on peut faire avec les Syriens. Parce que s’ils sont en Grèce, mieux vaut les réinstallerdepuis la Grèce », a déclaré le président français, qui n’a été prévenu du « plan » que lundi matin, lors d’une réunion bilatérale avec la chancelière.




Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)

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